Le canigo : montagne sacree

Vous entendrez souvent dire que le Canigó (Lo Canigó en catalan) est la “Montagne Sacrée” des Catalans.

D’où lui vient ce prestige? Sans aucun doute, sa position isolée du reste de la chaîne des Pyrénées lui donne un aspect imposant et lui confère un statut naturel “d’Olympe des Catalans”.

Mais cela ne suffit pas à expliquer la sacralité qui l’entoure.

Ici se mêlent la grande Histoire, des traditions séculaires et des légendes secrètes, mais également de terribles tragédies…

Le Canigo : Terre d'histoire et de traditions :

La Trobade

Si l'on devait désigner l'évènement le plus symbolique pour les catalans, ce serait sans doute la Trobada. Chaque week-end précédent le 23 juin (Saint Jean), une grande caravane s'élance depuis les villages environnants, à pied ou à dos d'ânes, chacun portant un fagot de bois. Ces fagots seront déposés le lendemain à la Croix du Canigó, après une nuit de festivités au Refuge des Cortalets (Photo L'Indépendant)

Les Croix du Canigó

La première croix du Canigó pesait 112kg et fut installée le 23 juillet 1943 par les scouts de Perpignan. Puis en 1960, des employés du service géographique la font sauter à la dynamite au motif qu'elle était plantée sur un point géodésique. Qu'à cela ne tienne, le 30 juillet 1961, une nouvelle croix est inaugurée. Plus lourde et plus haute que la première, c'est celle-ci que l'on peut encore admirer aujourd'hui. La première croix, celle de 1943 fut retrouvée dans les conques après son dynamitage. Reconstituée, elle fut ensuite donnée à la communauté religieuse du village de St-Jean-de-l'Albère au-dessus du Perthus (Photo L'Indépendant)

Les Orris et le pastoralisme

Le pastoralisme fait parti intégrante de l'histoire du Canigó. Dès le néolithique, des hommes ont bâti ces abris en pierres sèche que l'on appelle "orri". Des générations de bergers et de pâtres se sont succédés, utilisant ces édifices pour se protéger des intempéries lors des transhumances ou des estives. De nombreux orris sont répertoriés sur les flancs du Canigó, en plus ou moins bon état. Vous pourrez en apercevoir un non loin de la Jaça des Petits Cortalets...

L'exploitation minière sur le Canigo

On dit ici, en Pays-Catalan, que si la Tour Eiffel eut été faite avec du fer du Canigó, elle n'aurait jamais rouillé, tant sa qualité est reconnue. De tous cotés le massif est percé de galeries mais aussi de sites exploités jadis à ciel ouvert. Les mines de Batère étaient exploitées dès l'antiquité. Après un âge "d'or" au XIXe s, les mines du Canigó ont connu un important déclin. Les sites les plus importants sont situés à Batère (au-dessus de Corsavy) et à La Pinosa (au-dessus de Valmanya. (Photo Sébastien Bérut)

L'abbaye de Saint-Martin du Canigou

Monastère fondé au XIe siècle par le Comte de Cerdagne, ce véritable nid d’aigle édifié sur les contreforts escarpés du Canigo, au-dessus du village de Casteil, c’est un joyau du patrimoine catalan. L’édifice a traversé les siècles, subissant pillage et abandon avant d’être réhabilité au début du XXe siècle grâce à Mrg de Carsalade du Pont.

Le Canigo : Terre de Legendes et de mythes

Les 7 Géants du Canigó :

Une légende évoque 7 grands hommes, des géants, qui voulaient conquérir le ciel et défier Dieu. Ils gravirent les hautes montagnes près du Canigó, mais Dieu déclencha alors une tempête et des rafales d'un vent terrible (les Tres Vents), les géants furent pétrifiés, figés en un lieu appelé aujourd'hui le Pic des 7 Hommes sur la crête du même nom.

Les anneaux de Noé au Pic du Barbet :

Une légende parvenue jusqu'à nous par la tradition orale évoque les eaux submergeant les montagnes à l'exception du Pic du Barbet. Noé y aurait amarré son arche au moyen de plusieurs anneaux. Il aurait alors prié Dieu de mettre fin au déluge. La tempête s'arrêta, et l'arche s'échoua quelque part entre la crête du Barbet et le Pic du Canigó, où elle reposerait toujours...

Les bergers meneurs de loups :

Il est une légende évoquant les bergers du Canigó qui, au solstice d'été, plongeaient dans le le lac des Estanyols et en ressortaient changés en loups. Ils conservaient cette apparence durant 7 années. Au solstice d'été de la septième année, ils plongeaient à nouveau dans le lac et retrouvaient ainsi apparence humaine, dotés alors d'une faculté surnaturelle, celle de pouvoir mener les loups.

Les Bruixes, les encantades et la fée Palestine

Le Canigó a, dans des temps très anciens, été le théâtre de cultes païens. En découlèrent de nombreuses légendes, dont celle des Bruixes (sorcières). S’en suivi une réputation de Montagne maudite et diabolique, hantée par des forces obscures. Ainsi, dans le roman de Couldrette, Palestine, la sœur de la fée Mélusine, est condamnée à être « enfermée dans le mont Canigou » au milieu des bêtes sauvages et démoniaques. Mais le Canigó sera ensuite associé aux nymphes des eaux, appelées aujourd’hui « encatades » dans le Pays-Catalan. On découvrit par exemple en 1845, des tablettes de plomb gravées dans les sources d’Amélie les Bains, où il était fait mention des Kantas Niskas (« brillantes jeunes filles ») que l’on imagine être des divinités féminines. Jean Abelanet suggéra même que le terme de "Canigó" était issu de celui de "Kantas Niskas" …

Le village englouti de Balatg (ou Balaig) :

Une très ancienne légende veut qu'une cité, autrefois adossée à la falaise escarpée du Canigó, fut ensorcelée, puis engloutie au fonds du lac de l'Estanyol. L'âme tourmentée de ce village errerait toujours depuis dans les forêts environnantes. L'une des deux pistes forestières (au départ du Col de Millères à FILLOLS), permettant d'accéder au Canigó porte d'ailleurs aujourd'hui son nom

Le Canigo : Terre de drames et de tragedies

Les résistants du Canigó et le martyre de Julien Panchot :

Le 1er août 1940, une sévère répression est opérée par les troupes allemandes contre les résistants positionnés dans le maquis sur les hauteurs de Valmanya. Le village est pillé, le bétail abattu. Les maquisards sont pourchassés dans la montagne. Le Commandant Julien Panchot, organisateur des francs-tireurs et partisan français des PO, couvre courageusement le repli de ses troupes mais est capturé. Il fut alors torturé puis exécuté devant les murs des bâtiments de la mine de la Pinouse. (Photo L'Indépendant)

Le crash du 7 octobre 1961 sur la crête du Barbet :

Le 7 octobre 1961 vers 2h du matin, un DC3 parti de Londres Gatwick à destination de Perpignan, s'écrase sur la crête du Barbet à 2.200m d'altitude, à quelques centaines de mètres du Refuge des Cortalets. Des 34 personnes à bord, aucune ne survivra. Ce drame de l'aviation n'est pas le seul survenu sur les pentes du Canigó. Aussi fut parfois évoqué le magnétisme de la montagne, dû aux quantités de fer qu'elle contient, comme responsable de perturbations des instruments de bord (Photo L'Indépendant)

L'Aiguat du 16 octobre 1940 :

Il est de tradition en Pays-Catalan, d'invoquer St Galdric (dont les reliques sont conservées à l'abbaye St Martin) pour faire tomber la pluie. Cela ne doit pas faire oublier que des nombreux épisodes appelés aujourd'hui "méditerranéen" se sont produits dans la région. Le plus terrible d'entre eux est l'aiguat de 1940 (épisode du 16 au 20 octobre), qui fera 50 morts et défigurera de nombreux villages (Amélie-les-Bains notamment). A Vernet-les-Bains, le Cady et le St Vincent se transforment en torrents meurtriers et éventrent de nombreux édifices. Un record européen de précipitation fut enregistré à cette occasion en Haut Vallespir, avec 1000mm en 24h, soit 1.000 litres par m². (Photo L'Indépendant)

10 février 1917 : avalanche fatale à Roca Gelera :

Au matin du 11 février 1917, le site minier de Roca Gelera, au-dessus de Valmanya, ne répond plus. Passant par les galeries depuis la Pinouse, un groupe d'hommes tente d'atteindre Roca Gelera où vivent 13 personnes. Mais au bout de la dernière galerie, impossible d'en sortir, l'issue est obstruée par de la neige compacte et des débris végétaux. 2h heures plus tard et après avoir creusé sur 8 mètres, ils s'extraient de cet enfer. Autour d'eux tout a disparu, les bâtiments ont été rasés par l'avalanche. Les corps de tous les malheureux disparus seront retrouvés au bout de 3 semaines de recherche. (Photo Garnements/SMCGS)

Aux disparus du Canigó :

Enfin, nous aurons une pensée pour les amoureux du Canigó, randonneurs, traileurs ou alpinistes passionnés, qui ne seront jamais rentrés de leur rencontre avec cette montagne.
Car si le Canigó est magnifique, il peut malheureusement être également redoutable et imprévisible.

"Le Canigó a pris pour moi sa véritable place dans mon esprit et dans mon cœur, et je le contemple avec admiration et ravissement. Rien de ce qu'il pourrait faire ou créer ne saurait maintenant me surpendre, soit que je rencontrasse Don quichotte lui-même venant à cheval du côté de l'Espagne, ou tous les chevaliers de l'ancienne France abreuvant leurs coursiers à ses torrents, soit que je visse (ce qui à chaque crépuscule semble parfaitement possible), des gnômes et des kobbolds s'échappant en essaim des mines et des tunnels qui s'ouvrent sur ses flancs"
Rudyard Kipling (19865-1936)
27 février 1911 suite à son séjour à Vernet les Bains